Bandes Dessinées

Les Filles de Salem : Comment nous avons condamné nos enfants

Les Filles de Salem : Comment nous avons condamné nos enfants — Thomas Gilbert — Editions Dargaud — 200 pages — 2018

Quelques Mots sur l’auteur

Né en 1983, Thomas Gilbert passe une année aux Beaux-Arts de Paris et trois à Saint-Luc (Bruxelles) en option bande dessinée avant de commencer sa carrière d’auteur, en 2009, avec la sortie du premier tome de deux séries : “Oklahoma Boy” (Manolosanctis) et “Bjorn le Morphir” (Casterman). Ses premières influences sont à trouver du côté de “L’Association”, qui lui ont permis de comprendre l’importance du point de vue l’auteur sur la construction du récit. Aujourd’hui, ses sources d’inspiration se retrouvent, entre autres, dans les univers de Taiyo Matsumoto ou de Michael DeForge. Depuis, il a dessiné plusieurs albums jeunesse (“Nordics”, Sarbacane) et signé en solo des projets plus personnels pour adultes (“Sauvage ou la sagesse des pierres”, Vide Cocagne). Dans ses albums, Thomas recherche un lien fort avec le lecteur en creusant des questionnements qui l’interpellent, en espérant le remuer, lui faire partager ses émotions, son énergie. Il travaille à l’atelier Mille, à Bruxelles, un endroit qu’il partage avec d’autres auteurs de bandes dessinées comme Jérémie Royer, Émilie Plateau, Léonie Bischoff, Nicolas Pitz, Flore Balthazar, Tiff et Monsieur iou. En 2018, il sort “Les Filles de Salem” (Dargaud), Une plongée passionnante et terrifiante dans l’univers étriqué et oppressant de la colonie de Salem, en Nouvelle-Angleterre, au 17e siècle. Pour cet album, Thomas Gilbert s’est intéressé de manière personnelle et engagée à un événement marquant de l’histoire américaine : le procès des sorcières de Salem. Très documenté, son travail lui a permis, au-delà du récit des faits, de questionner des thématiques qui lui sont chères comme l’enracinement insidieux de la haine au coeur du système moral et judiciaire dans nos sociétés dites modernes ou progressistes.

Quatrième de couverture

1692. Salem, en Nouvelle-Angleterre. Abigail, 17 ans, raconte l’histoire des sorcières de Salem dont elle fut l’une des victimes. Suspectées d’être possédées par le démon, des jeunes filles de ce village puritain dénoncent d’autres membres de la communauté de les avoir ensorcelées. La psychose s’emballe, donnant lieu à des procès en sorcellerie et à de nombreuses exécutions.

Mon avis

Voici une des meilleures BD que j’ai pu lire !!! Tout simplement addictive ! Une fois entamée, ce fut très difficile de m’arrêter tant l’envie de connaître l’issue (pourtant célèbre) était forte.

Tout le monde ou presque connaît l’histoire des sorcières de Salem. Une tragique histoire de chasse aux sorcières, au 17è siècle, qui s’est terminée funestement par la mort de nombreux(ses) innocent(e)s…

Thomas Gilbert a décidé de reprendre cette histoire et de la raconter à sa manière, en modifiant un point historique, et pas le moindre, à savoir celui de l’héroïne de sa BD, Abigail…

En effet historiquement et dans la pièce de théâtre de Miller, Abigail n’est pas une victime, mais plutôt celle qui est à l’origine de cette chasse aux sorcière. Et j’ai trouvé cette prise de partie étonnamment convaincante et brillante.

En gros l’histoire selon Gilbert nous offre le témoignage poignant de deux amies évoluant dans un village de Nouvelle Angleterre, Salem. Puritains et colons s’y côtoient, mais le jour où Abigail éconduit (sans penser à mal) un jeune homme, la vie plus ou moins paisible de ce village va tourner au cauchemar. Tout un chacun va commencer à dénoncer son prochain, son voisin, parfois ses amis comme étant des sorcières… La peur, une économie difficile, les préjugés auront tôt fait de pousser les gens a l’extrémité de l’horreur, au plus profond de leur part obscure…

L’histoire racontée par Gilbert est vraiment magnifique, menée de main de maître. Mais je pense que ce qui m’a le plus étonné c’est le graphisme… En effet, après avoir regardé la première page, je me suis fait la réflexion que les illustrations étaient franchement moches… Et effectivement, je n’aime pas du tout ce genre de dessins. Ils sont durs, pas réalistes, je parle uniquement au niveau des personnages, car les décors eux étaient magnifiques. Par contre, et c’est là que toute la magie a opéré, c’est ces dessins étaient en totale adéquation avec l’histoire. C’était juste parfait. Ils donnaient à cette tragédie le ton idéal. Ils se marient au texte incroyablement bien. Ils donnaient toute l’horreur de ce que je lisais.

Cette BD m’a littéralement scotchée. J’ai rarement ressenti autant d’émotions avec ce support. Et là, j’ai fini les larmes aux yeux et un nœud dans la gorge.

Je n’ai rien de plus à rajouter… Franchement si vous appréciez l’histoire de Salem, lancez vous aveuglément (enfin pas trop quand même, savourez ce que je tentais désespérément de vous décrire ci-dessus). C’est une pépite !

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